GRAND REPORTAGE
CULTURE, HISTOIRE ET CIVILISATION
Une correspondance spéciale depuis Dakar, Sénégal, par Gakar pour CPGNNews: CaribPulse Global News Network, autour d’un moment singulier du calendrier éthiopien où Pagumen, le treizième mois, accompagne le passage vers Enkutatash et révèle, derrière une apparente différence de calendrier, une histoire profonde de mémoire, d’identité, de transmission et d’espérance.
Plateforme éditoriale internationale multimédia et multilingue née dans la Caraïbe.
Une immersion dans l’Éthiopie contemporaine à travers son calendrier, ses traditions, ses fleurs, ses chants, ses familles, ses enfants, ses anciens et sa diaspora, mais aussi à travers cette tension silencieuse qui traverse tant de sociétés contemporaines: comment avancer vers demain sans laisser disparaître les gestes, les récits et les souvenirs qui nous ont appris à devenir nous mêmes?
Correspondance spéciale depuis Dakar, Sénégal | Par Gakar pour CPGNNews
CPGNNews | Regard Global, lecture depuis la Caraïbe
Septembre 2026
Penser la Caraïbe, Comprendre le monde!
DAKAR, SÉNÉGA: Il y a quelque chose de profondément humain dans une année qui refuse de se terminer trop vite. Alors qu’une grande partie du monde regarde déjà septembre comme un mois ordinaire, inscrit dans un calendrier international devenu presque universel, l’Éthiopie approche d’un moment différent. Pendant cinq jours, parfois six, Pagumen s’installe entre l’année qui s’achève et celle qui arrive. Cinq journées seulement, mais suffisamment longues pour donner au temps une autre respiration. Dans les familles, on prépare la fête, on pense aux proches, on retrouve des souvenirs, on regarde les enfants grandir et l’on se demande peut être, comme le font les êtres humains depuis toujours, ce que la prochaine année apportera. Le calendrier éthiopien compte douze mois de trente jours auxquels s’ajoute ce treizième mois singulier. Puis vient Enkutatash, le Nouvel An éthiopien, le premier jour de Meskerem. En 2026, il sera célébré le 11 septembre. Pour quelqu’un qui regarde cette réalité de l’extérieur, la différence peut sembler étrange. Pour celui qui la vit, elle est simplement naturelle. C’est son temps, celui dans lequel se sont inscrits les anniversaires, les fêtes, les histoires familiales, les souvenirs d’enfance et les espérances transmises d’une génération à l’autre.
Il faut alors imaginer ce que représente une nouvelle année lorsqu’elle n’arrive pas au moment où le reste du monde l’attend. Elle ne surgit pas dans le fracas universel d’un compte à rebours partagé par les télévisions et les grandes capitales. Elle arrive autrement, portée par une mémoire culturelle qui lui appartient. Une mère peut penser à l’année qui vient en regardant ses enfants. Un père peut mesurer le temps à travers le visage devenu plus adulte d’un fils. Un grand parent peut entendre dans une chanson une mélodie qu’il connaissait déjà lorsqu’il était lui même enfant. Une famille éloignée du pays peut se rapprocher par un simple appel. Et quelque part, un enfant découvre peut être pour la première fois que son peuple ne compte pas les années exactement comme les autres. À cet instant, le calendrier cesse d’être une affaire de chiffres. Il devient une histoire de transmission.
LE TEMPS D’UNE CIVILISATION
Le calendrier éthiopien appartient à une tradition chronologique ancienne, profondément enracinée dans l’histoire culturelle et religieuse de la région. Sa structure est à la fois simple et singulière: douze mois de trente jours, puis Pagumen, cette courte période qui complète l’année. Cette architecture du temps a traversé les siècles et continue de vivre dans une Éthiopie qui, pourtant, appartient pleinement au monde contemporain. Les dates internationales sont utilisées dans les échanges diplomatiques, économiques, scientifiques et administratifs. Les jeunes Éthiopiens étudient, travaillent et communiquent avec un monde où le calendrier grégorien domine largement. Mais lorsque vient le moment de célébrer, de se souvenir et de réunir les familles, un autre rythme reprend sa place. Deux calendriers peuvent alors cohabiter sans que l’un ait besoin de détruire l’autre. C’est une réalité discrète, mais elle dit beaucoup sur la manière dont une civilisation conserve son identité au milieu d’un monde qui pousse constamment vers l’uniformité.
Nous avons parfois tendance à imaginer que la modernité efface nécessairement les anciennes manières de vivre. L’Éthiopie raconte une autre histoire. Elle montre qu’un téléphone intelligent peut tenir dans la main d’un jeune qui continue à écouter les récits de ses anciens. Qu’un étudiant peut travailler dans un environnement scientifique international et rentrer chez lui pour célébrer une fête dont les racines plongent profondément dans l’histoire de son pays. Qu’une capitale peut accueillir des diplomates venus du monde entier tout en conservant des pratiques familiales qui ne ressemblent à aucune réunion internationale. La modernité n’est donc pas toujours une rupture. Elle peut aussi être une conversation entre ce qui vient et ce qui était déjà là.
ENKUTATASH, LE RENOUVEAU
Lorsque Pagumen s’achève, Enkutatash arrive avec une énergie qui dépasse le simple changement de date. Le Nouvel An éthiopien est associé au renouveau, aux retrouvailles, aux visites, aux chants et aux fleurs. Dans de nombreuses régions, les fleurs jaunes de l’adeï abeba deviennent l’un des signes les plus reconnaissables de cette période. Il y a dans cette rencontre entre le calendrier et la nature quelque chose qui touche à l’expérience humaine la plus ancienne. L’être humain regarde le paysage, voit revenir les couleurs, observe les saisons et y reconnaît une promesse. Rien ne garantit que l’année nouvelle sera plus facile que la précédente. Pourtant, on recommence à espérer. C’est peut être cela, au fond, que les calendriers du monde entier essaient de nous dire depuis des siècles: nous savons que le temps passe, mais nous voulons croire qu’il peut encore nous offrir quelque chose.
Dans les familles, cette espérance devient concrète. Elle passe par un repas préparé avec soin, par une visite, par une conversation, par un vêtement choisi pour l’occasion, par un enfant qui attend la fête avec impatience. Elle passe aussi par ceux qui ne sont plus là. Les grandes fêtes familiales ont souvent cette double capacité de réunir les vivants et de rappeler les absents. Une chaise peut manquer autour d’une table. Un nom peut revenir dans une conversation. Un souvenir peut surgir à travers une chanson. Ainsi, une nouvelle année ne signifie jamais seulement que le calendrier avance. Elle rappelle aussi combien le temps a transformé ceux que nous aimons. C’est cette dimension intime qui donne à Enkutatash une profondeur que ne peuvent pas restituer les seules descriptions touristiques.
UNE SOCIÉTÉ QUI SE SOUVIENT
L’Éthiopie porte une histoire immense. Elle ne peut être racontée en quelques dates ni enfermée dans une succession de grands événements. Elle existe aussi dans les histoires familiales, dans les langues, dans les pratiques religieuses, dans les paysages, dans les villes et dans les souvenirs que chaque génération transmet à la suivante. Un pays ne conserve pas sa mémoire uniquement dans ses monuments. Il la conserve dans la manière dont une grand mère parle à un enfant, dans la façon dont une famille raconte son passé et dans les fêtes qui reviennent chaque année pour rappeler que certaines choses méritent de ne pas être oubliées.
Cette mémoire devient particulièrement précieuse dans une société qui change rapidement. L’Éthiopie contemporaine connaît l’urbanisation, les transformations économiques, l’expansion des technologies numériques et l’ouverture croissante de sa jeunesse au reste du monde. Les jeunes générations ne vivent pas comme leurs grands parents. Elles utilisent les réseaux sociaux, regardent des contenus venus de plusieurs continents, étudient de nouvelles disciplines et imaginent leur avenir dans un monde beaucoup plus connecté. Mais elles ne sont pas nécessairement condamnées à choisir entre leur avenir et leur héritage. Elles peuvent emporter avec elles une partie de ce que leurs parents leur ont donné. C’est ainsi que la culture demeure vivante: elle change de mains sans perdre complètement son visage.
ADDIS ABEBA, ENTRE DEUX TEMPS
À Addis Abeba, cette rencontre entre les temps est particulièrement visible. La ville est une capitale africaine moderne, traversée par les ambitions d’un pays qui veut développer ses infrastructures, son économie, ses institutions et ses capacités technologiques. Elle accueille des diplomates, des chercheurs, des étudiants, des entrepreneurs et des organisations internationales. Elle possède le rythme rapide des métropoles contemporaines. Mais au milieu de cette accélération, la vie ordinaire continue. Les marchés s’animent. Les familles se rencontrent. Les lieux de culte accueillent leurs fidèles. Les conversations se prolongent. Les traditions trouvent leur place dans une ville qui, chaque jour, regarde aussi vers l’avenir.
Addis Abeba est également l’un des grands centres diplomatiques de l’Afrique, notamment parce qu’elle accueille le siège de l’Union africaine. Dans cette ville, les grandes questions du continent sont discutées avec un vocabulaire fait de sécurité, de développement, d’intégration, de commerce et de coopération. Pourtant, derrière les salles de conférence et les agendas officiels, vivent des millions de personnes dont la relation au monde passe aussi par des choses beaucoup plus simples: une famille, une prière, une chanson, un repas, une fête. C’est là que se trouve peut être la véritable complexité de l’Afrique contemporaine. Le continent négocie son avenir dans les institutions internationales tout en continuant à construire cet avenir depuis ses maisons, ses quartiers et ses communautés.
PAGUMEN, CINQ JOURS POUR REGARDER DERRIÈRE SOI
Pagumen est court, mais sa brièveté lui donne paradoxalement une force particulière. Cinq jours ne suffisent pas pour résoudre les problèmes d’une nation, réparer les blessures d’une société ou changer une existence. Ils peuvent cependant créer un espace mental. Un espace dans lequel l’être humain n’est pas obligé de courir immédiatement vers l’étape suivante. Il peut regarder derrière lui. Il peut se demander ce qu’il a appris. Il peut penser à ceux qui l’ont accompagné. Il peut reconnaître ses erreurs. Il peut remercier ceux qui ont compté. Il peut aussi simplement s’asseoir auprès de sa famille et laisser le temps passer autrement.
Cette idée paraît presque révolutionnaire dans un monde où chaque minute est devenue une unité de performance. Nous mesurons le temps au travail, à la vitesse des communications, aux délais, aux résultats et aux échéances. Les téléphones nous accompagnent partout. Les informations arrivent avant même que nous ayons terminé de comprendre celles qui les précédaient. Nous vivons dans une époque qui sait accélérer presque tout, sauf peut être la sagesse. Pagumen nous rappelle qu’il existe des moments qui ne sont pas faits pour produire. Certains moments sont faits pour se souvenir. D’autres pour aimer. D’autres encore pour transmettre. Une civilisation qui ne conserve plus ces espaces finit par gagner du temps sur l’horloge tout en en perdant dans son rapport à elle même.
LE CALENDRIER COMME AFFIRMATION D’IDENTITÉ
Il existe une forme de dignité dans le fait de continuer à compter le temps selon une tradition héritée de ses ancêtres. Non pas parce que cette manière de compter serait meilleure que les autres, mais parce qu’elle appartient à une histoire. Une date peut contenir une enfance. Une fête peut contenir plusieurs générations. Une chanson peut conserver une voix qui aurait autrement disparu. Lorsqu’un enfant apprend à reconnaître Enkutatash, il n’apprend donc pas seulement une date. Il apprend qu’avant lui, d’autres enfants ont attendu ce même moment. Il entre dans une chaîne humaine dont il ne voit pas le début et dont il ne connaît pas encore la fin.
Cette continuité ne signifie pas que l’Éthiopie refuse la mondialisation. Elle montre plutôt que l’ouverture n’oblige pas à l’effacement. Un pays peut accueillir des technologies nouvelles, développer ses universités, participer aux échanges internationaux et conserver ses propres symboles. Une jeunesse peut parler plusieurs langues, utiliser les mêmes plateformes numériques que les jeunes du reste du monde et continuer à comprendre ce que représente une fête nationale ou familiale. La véritable richesse culturelle réside peut être dans cette capacité à ajouter sans nécessairement effacer.
LA DIASPORA ET LE TEMPS QUI TRAVERSE LES FRONTIÈRES
Pour celui qui vit loin de son pays, certaines fêtes prennent une intensité particulière. La distance rend parfois les souvenirs plus précis. Une odeur peut rappeler une maison. Une chanson peut ramener une enfance. Une date peut rapprocher une personne d’un lieu qu’elle n’a pas vu depuis longtemps. La diaspora éthiopienne connaît cette expérience comme tant d’autres diasporas dans le monde. Enkutatash peut devenir un rendez vous avec la mémoire, même lorsque la célébration se déroule à des milliers de kilomètres du pays natal.
Les technologies ont changé la manière dont cette mémoire circule. Autrefois, il fallait attendre une lettre, un appel coûteux ou un voyage pour retrouver certains liens. Aujourd’hui, une famille séparée par plusieurs fuseaux horaires peut se voir sur un écran en quelques secondes. Cela ne remplace pas une présence physique. Rien ne remplace complètement une main posée sur une épaule ou une conversation autour d’une table. Mais la technologie permet au moins à la mémoire de voyager plus vite que les corps. Elle donne aux diasporas un nouvel espace pour transmettre leurs fêtes, leurs langues, leurs chansons et leurs récits aux enfants qui grandissent ailleurs.
L’ERREUR DE L’EXOTISME
Il serait facile de regarder l’Éthiopie depuis l’extérieur et de ne voir dans Pagumen qu’une curiosité. Un treizième mois, un Nouvel An en septembre, des fleurs jaunes, des chants et des traditions différentes: tout cela peut produire une image séduisante. Mais une telle lecture manquerait l’essentiel. Ce calendrier n’est pas une attraction. Il appartient à des personnes réelles. Il appartient à des familles qui ont leurs difficultés, leurs espoirs, leurs deuils, leurs ambitions et leurs rêves. Il appartient à des enfants qui grandissent dans une société en pleine transformation. Il appartient à des anciens qui savent que certaines traditions disparaissent lorsqu’une génération cesse de les transmettre.
L’Éthiopie n’est donc pas un pays «hors du temps». Elle est au contraire confrontée à certaines des grandes questions du présent. Elle doit penser son développement, son avenir économique, ses relations régionales, ses transformations sociales et les aspirations d’une population jeune. Elle avance dans un siècle qui exige de plus en plus de rapidité, d’innovation et d’adaptation. Ce qui est remarquable, c’est qu’au milieu de cette accélération, elle continue de conserver des moments où l’on peut encore regarder vers le passé sans avoir honte de le faire. C’est peut être cela que le monde moderne a parfois oublié: avancer ne signifie pas nécessairement courir.
LE MONDE N’A PAS UN SEUL TEMPS
Nous partageons la même planète, mais nous ne partageons pas tous le même rapport au temps. Les avions traversent les fuseaux horaires. Les marchés financiers fonctionnent selon des horaires précis. Les réseaux numériques donnent l’impression que la planète entière vit dans une seule journée permanente. Pourtant, derrière cette synchronisation apparente demeurent des millions de mémoires différentes. Chaque peuple possède des dates qui lui parlent davantage que d’autres. Chaque famille possède ses propres anniversaires. Chaque individu porte un calendrier intérieur composé de rencontres, de pertes, de naissances et de souvenirs.
C’est pourquoi le calendrier éthiopien mérite d’être regardé autrement. Il nous oblige à sortir d’une vision trop étroite de l’universalité. L’universel ne signifie pas que tous les peuples doivent mesurer le monde de la même façon. Il signifie que nous pouvons comprendre les différences qui existent entre nous sans les considérer comme des anomalies. Le temps devient alors une école de tolérance. Il nous apprend que ce qui nous semble naturel est souvent simplement ce que notre propre histoire nous a appris à considérer comme normal.
UNE LEÇON POUR L’AFRIQUE
Pour l’Afrique, cette question possède une résonance particulière. Trop souvent, le continent est raconté uniquement à travers les chiffres. Croissance économique, pauvreté, population, dette, infrastructures, conflits, investissements, commerce: toutes ces données sont importantes, mais elles ne suffisent pas. Derrière chaque statistique se trouvent des êtres humains. Derrière une population se trouvent des familles. Derrière un taux de croissance se trouvent des travailleurs. Derrière une diaspora se trouvent des parents qui vivent loin de leurs enfants et des enfants qui grandissent loin des lieux racontés par leurs parents.
L’Éthiopie rappelle ainsi qu’une politique de développement ne devrait jamais demander à une société de devenir étrangère à elle même. Le progrès technologique peut être puissant. Les infrastructures peuvent transformer un pays. L’éducation peut ouvrir des portes immenses. Mais aucune de ces transformations ne devrait rendre la mémoire inutile. Une société qui sait d’où elle vient possède souvent davantage de ressources pour décider où elle veut aller. La modernité africaine ne devrait donc pas être une copie. Elle devrait être une création, nourrie par les expériences propres de chaque peuple.
CINQ JOURS QUI DISENT PLUS QUE LE TEMPS
Cinq jours peuvent sembler insignifiants dans une année. Ils ne le sont pas lorsqu’ils deviennent un espace de mémoire. Pagumen ne promet pas que les problèmes disparaîtront. Il ne garantit pas que l’année nouvelle sera plus douce. Il offre quelque chose de plus simple: la possibilité de recommencer. Et cette possibilité suffit parfois à donner du courage. L’être humain sait que le temps emporte beaucoup de choses. Il sait que les enfants grandissent, que les anciens vieillissent, que certains proches partent et que certaines occasions ne reviennent jamais. Pourtant, à chaque nouvelle année, il choisit encore de faire une place à l’espérance.
Peut être est ce pour cette raison que les fêtes du Nouvel An traversent les civilisations depuis si longtemps. Elles ne célèbrent pas seulement le temps qui passe. Elles célèbrent notre obstination à croire que demain peut encore être différent. En Éthiopie, cette espérance possède ses propres couleurs, ses propres chants et son propre calendrier. Elle passe par Pagumen avant d’entrer dans Enkutatash. Elle passe par les familles et les enfants. Elle passe par les anciens et la diaspora. Elle passe par la mémoire et par le désir de continuer. C’est une histoire profondément éthiopienne, mais le sentiment qu’elle exprime appartient à toute l’humanité.
REGARD DU CPGNNews
Depuis Dakar, regarder vers l’Éthiopie à l’approche d’Enkutatash revient à regarder une autre partie de l’Afrique avec cette conviction simple que le continent ne peut pas être compris uniquement depuis les cartes, les statistiques ou les conférences internationales. Il faut aussi regarder les maisons. Il faut écouter les anciens. Il faut observer les enfants. Il faut comprendre pourquoi une chanson peut faire revenir une époque, pourquoi une fleur peut annoncer une saison et pourquoi cinq jours peuvent prendre une importance que les chiffres ne permettent pas de mesurer. C’est dans cette humanité ordinaire que se trouve souvent la véritable profondeur d’une civilisation.
L’Éthiopie ne demande pas au monde de vivre selon son calendrier. Elle nous rappelle simplement qu’elle possède le sien. Cette nuance devrait être entendue à une époque où la mondialisation tend parfois à confondre connexion et uniformité. Nous pouvons partager les mêmes technologies sans avoir les mêmes mémoires. Nous pouvons commercer ensemble sans raconter notre histoire de la même manière. Nous pouvons appartenir à un même monde sans devoir effacer les chemins particuliers qui nous y ont conduits. C’est peut être cela, la véritable universalité: non pas faire disparaître les différences, mais apprendre à les regarder avec respect.
Dans quelques jours, Pagumen s’achèvera. Enkutatash ouvrira une nouvelle année. Des familles se retrouveront. Des enfants découvriront encore une fois les gestes que leurs parents ont appris de leurs propres parents. Des fleurs jaunes apparaîtront dans de nombreuses régions. Des chants accompagneront les célébrations. Des proches séparés par les frontières chercheront à se rejoindre, physiquement ou à travers un écran. Et quelque part, un enfant demandera peut être pourquoi son peuple commence une nouvelle année alors que le reste du monde en est encore à une autre page du calendrier. La réponse sera peut être très simple: parce que le monde n’a jamais eu une seule manière de compter le temps.
Alors, tandis que les grandes horloges de la planète continueront leur course, l’Éthiopie gardera encore quelques jours pour respirer, se souvenir et rêver. Cinq jours seulement. Cinq jours entre ce qui fut et ce qui vient. Cinq jours qui ne changeront peut être pas le monde, mais qui peuvent changer la manière dont une famille regarde son avenir. Et c’est peut être là que commence la véritable histoire d’une nouvelle année.
Correspondance spéciale depuis Dakar, Sénégal | Par Gakar pour CPGNNews
CPGNNews | CaribPulse Global News Network
Septembre 2026
Penser la Caraïbe, Comprendre le monde!