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NOUS N’AVONS JAMAIS ÉTÉ AUSSI PUISSANTS. POURQUOI TANT D’HUMAINS RESTENT ILS SI VULNÉRABLES?

L’humanité n’a jamais disposé d’autant de connaissances, de technologies et de ressources pour transformer le monde. Pourtant, la faim, l’exclusion, l’insécurité sociale, les inégalités et la dégradation de notre environnement persistent. Le véritable défi du XXIe siècle n’est peut être plus de produire davantage de puissance, mais de savoir la convertir en dignité humaine, en sécurité collective et en capacité à préserver la planète dont dépend notre avenir.

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ÉDITORIAL │ Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2026

Yvon Bonhomme │ Editor in Chief │ CPGNNews │ Regard Global, lecture depuis la Caraïbe.

Née dans la Caraïbe, Ouverte sur le Monde!

Nous vivons probablement l’un des moments les plus paradoxaux de l’histoire humaine. Jamais notre espèce n’a disposé d’autant de connaissances, de moyens scientifiques, de capacités technologiques, de ressources financières et d’outils de communication pour agir sur son environnement. Nous savons observer la Terre depuis l’espace, modifier des molécules, produire des vaccins à une vitesse autrefois inimaginable, transmettre une information à l’autre bout du monde en quelques secondes, analyser des volumes considérables de données et désormais développer des systèmes d’intelligence artificielle capables d’assister l’être humain dans des tâches qui semblaient hier encore relever exclusivement de l’intelligence humaine. Nous sommes capables de produire une puissance matérielle et cognitive considérable. Pourtant, cette puissance coexiste avec des vulnérabilités massives, parfois élémentaires, qui concernent des centaines de millions de personnes.

Le paradoxe n’est donc plus seulement celui de la richesse et de la pauvreté. Il est devenu celui de la puissance et de la vulnérabilité. L’humanité peut construire des infrastructures technologiques d’une sophistication exceptionnelle tout en laissant persister des formes anciennes de privation. Elle peut mobiliser des ressources financières considérables pour la défense, la recherche ou la transformation numérique tout en éprouvant des difficultés à garantir à tous l’accès à l’eau potable, à l’éducation, aux soins, à la protection sociale ou à un environnement suffisamment sûr. La question essentielle de notre époque n’est dès lors pas uniquement de savoir ce que nous sommes capables de produire, mais ce que nous décidons de faire de cette capacité.

Les chiffres de la faim rappellent brutalement cette contradiction. Selon la FAO, environ 673 millions de personnes, soit 8,2% de la population mondiale, ont connu la faim en 2024. La proportion mondiale a légèrement diminué par rapport aux années précédentes, mais cette amélioration demeure profondément inégale et la faim continue notamment de progresser dans une grande partie de l’Afrique et en Asie occidentale. Dans un monde capable de produire, transporter et distribuer des volumes considérables de nourriture, l’existence persistante de la faim révèle moins une absence absolue de capacité productive qu’un problème de distribution, d’accès, de stabilité, de revenus, de conflits, de gouvernance et de résilience.

Cette contradiction apparaît également dans la manière dont nous définissons la sécurité. Le monde a consacré 2 718 milliards de dollars aux dépenses militaires en 2024, selon le SIPRI, soit une progression réelle de 9,4% en une seule année, la plus forte hausse annuelle enregistrée par l’institut depuis au moins 1988. Ces dépenses répondent à des préoccupations stratégiques réelles et les États disposent de responsabilités légitimes en matière de défense. Mais cette réalité devrait aussi nous conduire à élargir notre conception de la sécurité. Une société n’est pas durablement sécurisée lorsqu’elle protège ses frontières mais laisse une partie de sa population exposée à la faim, à l’absence de soins, à l’exclusion éducative, à la précarité ou aux conséquences de la dégradation environnementale.

La puissance contemporaine possède désormais une autre dimension: celle du calcul. L’intelligence artificielle, les centres de données, les infrastructures numériques et les systèmes automatisés représentent une nouvelle frontière de la puissance économique et stratégique. Mais cette puissance a également une matérialité physique. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation d’électricité des centres de données pourrait, dans son scénario central, doubler pour atteindre environ 945 TWh en 2030. Les serveurs accélérés, largement associés aux applications d’intelligence artificielle, devraient connaître une croissance particulièrement rapide. L’intelligence numérique ne flotte donc pas au dessus du monde réel. Elle dépend d’électricité, d’infrastructures, de minerais, d’eau, de chaînes logistiques et de territoires. La question de l’innovation devient ainsi inséparable de celle de ses coûts énergétiques et écologiques.

C’est ici que la question environnementale cesse d’être un thème périphérique pour devenir l’un des fondements mêmes de la réflexion sur la puissance. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement parle d’une triple crise planétaire: changement climatique, perte de biodiversité et dégradation de la nature, pollution et déchets. Ces phénomènes ne constituent pas trois problèmes isolés. Ils se renforcent mutuellement et affectent les conditions mêmes dans lesquelles les sociétés humaines peuvent produire, se nourrir, se soigner, construire et prospérer. Lorsque les écosystèmes se dégradent, lorsque les ressources en eau deviennent plus difficiles à sécuriser, lorsque les terres agricoles sont fragilisées ou lorsque les événements climatiques extrêmes endommagent les infrastructures, la vulnérabilité environnementale devient simultanément une vulnérabilité économique, sociale, sanitaire et sécuritaire.

L’eau illustre parfaitement cette interdépendance. Selon les données du programme commun de l’OMS et de l’UNICEF sur le suivi de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de l’hygiène, environ 2,1 milliards de personnes ne disposaient toujours pas d’un accès à un service d’eau potable géré en toute sécurité en 2024. Cette situation ne peut être comprise uniquement comme un déficit d’infrastructure. Elle touche la santé publique, l’éducation, la productivité, l’égalité entre les femmes et les hommes, la stabilité sociale et la capacité des communautés à résister aux crises. Dans de nombreuses régions, le changement climatique accroît encore la pression sur les ressources hydriques. L’environnement devient ainsi une question de sécurité humaine au sens le plus concret du terme.

La même logique apparaît dans l’éducation. Le rapport GEM 2026 de l’UNESCO estime qu’en 2024, environ 273 millions d’enfants, d’adolescents et de jeunes étaient hors de l’école dans le monde. Le chiffre comprend environ 79 millions d’enfants en âge de fréquenter l’enseignement primaire, 64 millions au niveau du premier cycle du secondaire et 130 millions au niveau du second cycle du secondaire. Plus préoccupant encore, dans les pays à faible revenu, la population non scolarisée a augmenté de 29% depuis 2015. L’humanité peut développer des systèmes d’intelligence artificielle capables d’assister l’apprentissage personnalisé tout en demeurant incapable de garantir à des millions d’enfants l’accès élémentaire à une salle de classe, à un enseignant et à un environnement éducatif stable.

Cette contradiction doit nous conduire à revoir notre manière de mesurer le progrès. Une société ne devient pas nécessairement plus avancée parce qu’elle dispose de technologies plus sophistiquées. Elle devient plus résiliente lorsque ses capacités scientifiques, économiques et institutionnelles se traduisent par des possibilités réelles pour ses citoyens. L’éducation est l’une de ces possibilités fondamentales. Elle transforme une capacité potentielle en autonomie, en participation économique, en citoyenneté et en capacité à contribuer à la société. Sans cette conversion, la technologie risque de devenir un accélérateur d’écarts plutôt qu’un instrument de réduction des vulnérabilités.

La situation des personnes en situation de handicap révèle une autre dimension de cette question. L’Organisation mondiale de la Santé estime qu’environ 1,3 milliard de personnes, soit près de 16% de la population mondiale, vivent avec une forme significative de handicap. L’enjeu n’est pas de considérer le handicap lui même comme une faiblesse. Une grande partie de la vulnérabilité résulte plutôt des barrières sociales, économiques, institutionnelles et physiques qui empêchent certaines personnes de participer pleinement à la vie collective. L’OMS souligne que certaines personnes en situation de handicap peuvent mourir jusqu’à vingt ans plus tôt que les autres en raison notamment d’inégalités de santé et d’obstacles évitables. Là encore, le problème n’est donc pas l’absence de capacités humaines, mais l’incapacité des systèmes à rendre ces capacités réellement accessibles.

Le vieillissement de la population pose une question comparable. L’OMS estime qu’environ une personne âgée sur six a subi une forme de maltraitance dans un environnement communautaire au cours de l’année précédente. Une revue portant sur les établissements de soins a également constaté que 64,2% des membres du personnel interrogés dans les études concernées déclaraient avoir commis une forme de maltraitance au cours de l’année précédente. Cette donnée doit être interprétée avec prudence: elle ne constitue pas une mesure de la prévalence de toutes les maltraitances institutionnelles, mais elle révèle l’existence d’un problème suffisamment important pour interroger les systèmes de protection, de formation, de surveillance et de prise en charge.

La protection sociale constitue précisément l’une des infrastructures invisibles qui déterminent la capacité d’une société à absorber les chocs. Selon la Banque mondiale, environ deux milliards de personnes dans les pays à revenu faible et intermédiaire restent sans couverture ou insuffisamment couvertes par des dispositifs de protection sociale. Dans les pays à faible revenu, trois personnes sur quatre ne bénéficient d’aucune couverture de protection sociale. Ces chiffres montrent que la vulnérabilité ne naît pas uniquement d’un événement exceptionnel. Elle peut être produite par l’absence de mécanismes permettant à une famille, à un travailleur, à une personne âgée, à un enfant ou à une personne en situation de handicap de traverser une crise sans basculer dans une précarité durable.

La jeunesse offre une autre illustration de cette difficulté de conversion. Dans les États arabes, le taux de chômage des jeunes était estimé par l’Organisation internationale du Travail à 28,6% en 2024, contre 12,8% à l’échelle mondiale. Pour les jeunes femmes de cette région, le taux atteignait 39,7%. Ces données appartiennent à une catégorie régionale définie par l’OIT et ne décrivent pas uniformément la situation de chaque pays. Elles montrent néanmoins une difficulté structurelle: une société peut disposer d’une population jeune considérable, de systèmes éducatifs en expansion et d’une économie moderne tout en éprouvant des difficultés à transformer le potentiel démographique en opportunités économiques réelles.

C’est peut être là que se trouve l’un des grands défis de notre siècle. Nous avons appris à mesurer la production, l’investissement, la puissance militaire, la capacité de calcul, les brevets, les infrastructures et la croissance du produit intérieur brut. Nous savons relativement bien quantifier les ressources disponibles. Nous sommes beaucoup moins capables de mesurer la qualité de leur conversion en dignité, en sécurité humaine, en mobilité sociale, en confiance institutionnelle, en résilience écologique et en possibilités concrètes pour les générations futures.

Cette question est essentielle parce que la vulnérabilité n’est presque jamais isolée. La pauvreté peut réduire l’accès à l’éducation. Une éducation insuffisante peut limiter l’accès à l’emploi. L’absence d’emploi stable peut fragiliser l’accès au logement et aux soins. Une mauvaise protection sociale peut transformer une maladie ou une catastrophe naturelle en crise économique familiale. La dégradation de l’environnement peut accroître les risques sanitaires et alimentaires. Les conflits peuvent détruire les infrastructures éducatives et sanitaires. Les chocs climatiques peuvent provoquer des déplacements, des pertes agricoles et des tensions économiques. La vulnérabilité fonctionne donc comme un système.

C’est pourquoi la sécurité du XXIe siècle ne peut plus être pensée exclusivement à travers les frontières et les capacités militaires. La sécurité alimentaire, énergétique, sanitaire, numérique, environnementale et sociale appartient désormais au même espace stratégique. Protéger une société signifie aussi protéger ses infrastructures critiques, ses ressources en eau, ses systèmes de santé, ses écoles, ses réseaux énergétiques, ses données, ses écosystèmes et les mécanismes institutionnels qui permettent aux citoyens de traverser les crises.

Cette évolution ne signifie pas que la puissance militaire ou stratégique serait devenue inutile. Elle signifie que la notion de puissance doit être replacée dans un cadre plus large. Une puissance qui ne protège pas les conditions fondamentales de la vie demeure une puissance incomplète. Une économie capable d’accumuler du capital mais incapable de réduire durablement l’exclusion sociale rencontre une limite de développement. Une technologie capable d’automatiser des tâches complexes mais incapable de garantir un accès équitable aux bénéfices de l’innovation peut accroître les écarts qu’elle prétend réduire. Une croissance qui détruit les ressources naturelles dont dépend son propre fonctionnement finit par compromettre sa continuité.

Il ne s’agit pourtant pas d’opposer puissance et justice, technologie et environnement, croissance et dignité. Le véritable enjeu consiste à les articuler. Les investissements dans l’éducation, la santé, l’eau, la protection sociale et la résilience climatique ne sont pas simplement des dépenses de solidarité. Ils constituent aussi des investissements dans la stabilité économique, la productivité, la cohésion sociale et la sécurité collective. La protection de l’environnement n’est pas seulement une obligation morale envers les générations futures. Elle protège également les bases matérielles de l’agriculture, de l’industrie, de la santé et de la prospérité.

Le problème contemporain pourrait ainsi être décrit comme un déficit de conversion. Nous disposons de ressources, mais nous ne les transformons pas toujours en possibilités humaines. Nous disposons de connaissances, mais nous ne les transformons pas toujours en politiques efficaces. Nous disposons de technologies, mais nous ne les rendons pas toujours accessibles à ceux qui en ont le plus besoin. Nous disposons de richesses considérables, mais nous ne les convertissons pas suffisamment en protection contre les vulnérabilités évitables. Nous disposons enfin d’une connaissance croissante des limites écologiques de notre planète, mais nous avons encore des difficultés à transformer cette connaissance en décisions cohérentes avec les conditions physiques de notre avenir.

Le XXIe siècle sera donc jugé non seulement sur la puissance de ses machines, mais sur la qualité de ses institutions. Il sera jugé sur la capacité des sociétés à utiliser la science sans perdre de vue l’humain, à développer l’intelligence artificielle sans oublier l’intelligence sociale, à renforcer la sécurité sans négliger la sécurité humaine, à produire de la richesse sans détruire les conditions écologiques de sa reproduction et à organiser la mondialisation sans abandonner ceux qui restent à sa périphérie.

La Caraïbe offre, à cet égard, un point d’observation particulièrement pertinent. Région née de grandes circulations humaines, commerciales et culturelles, mais également exposée aux risques climatiques, aux catastrophes naturelles, aux vulnérabilités économiques, aux contraintes énergétiques et aux fragilités institutionnelles, elle rappelle que la puissance d’une société ne se mesure pas uniquement à son volume économique ou à son poids géopolitique. Elle se mesure aussi à sa capacité à absorber les chocs, à protéger ses populations, à préserver ses ressources et à transformer ses contraintes en capacités collectives.

LE REGARD DE CPGNNEWS

Regarder le monde depuis la Caraïbe ne signifie pas regarder le monde depuis sa périphérie. Cela signifie l’observer depuis un espace où plusieurs des grandes questions du XXIe siècle se rencontrent: climat, migrations, sécurité alimentaire, énergie, dette, développement, résilience, gouvernance, inégalités et circulation des cultures. La Caraïbe rappelle surtout que les vulnérabilités qui semblent éloignées sont souvent reliées entre elles. Une crise climatique devient une crise agricole. Une crise agricole devient une crise alimentaire. Une crise alimentaire peut devenir une crise sociale. Une crise sociale peut devenir une crise politique. Et une crise politique peut rapidement dépasser les frontières.

La grande question de notre époque n’est donc peut être plus de savoir si l’humanité possède suffisamment de puissance. Elle en possède déjà une quantité sans précédent. La question est de savoir si elle saura transformer cette puissance en capacités humaines durables. Si les connaissances deviennent des écoles accessibles, si la technologie devient un outil d’inclusion, si la richesse devient aussi une protection contre les chocs, si l’énergie devient compatible avec les limites écologiques, si la sécurité protège aussi les populations, si la croissance préserve les ressources naturelles et si les institutions deviennent capables de réduire les vulnérabilités évitables, alors la puissance cesse d’être une simple accumulation de capacités pour devenir un véritable instrument de progrès.

L’humanité ne pourra probablement jamais supprimer toute vulnérabilité. La maladie, les catastrophes naturelles, les accidents, les deuils et les incertitudes appartiennent à la condition humaine. Mais une partie considérable de la vulnérabilité est évitable. Elle peut être réduite par de meilleures institutions, une meilleure gouvernance, une éducation plus accessible, des systèmes de santé plus solides, une protection sociale plus efficace, des infrastructures résilientes et une gestion plus responsable des ressources naturelles.

C’est peut être ici que se trouve la véritable mesure du progrès. Non pas seulement dans ce que nous sommes capables de construire, mais dans ce que nous sommes capables de rendre possible pour ceux qui disposent du moins de pouvoir. Non pas seulement dans la hauteur de nos gratte ciel, la puissance de nos ordinateurs, la sophistication de nos armes ou la vitesse de nos réseaux, mais dans notre capacité à garantir que la puissance collective serve effectivement la vie humaine et les conditions écologiques qui la rendent possible.

Nous n’avons jamais été aussi puissants. Mais cette puissance ne prendra tout son sens que lorsqu’elle cessera d’être mesurée principalement par ce qu’elle permet de conquérir, d’accumuler ou d’accélérer, et qu’elle sera également mesurée par ce qu’elle permet de protéger, de transmettre et de rendre possible.

La question n’est donc pas seulement de savoir jusqu’où l’humanité peut aller, mais quelle humanité elle souhaite devenir. Cette transformation exige une responsabilité partagée, mais chaque acteur dispose d’un pouvoir d’action différent et doit donc assumer des responsabilités à la mesure de ses moyens.

Au niveau individual: la première responsabilité est de refuser l’indifférence: aider lorsqu’une personne est en difficulté, respecter la dignité d’autrui, transmettre un savoir, lutter contre les discriminations, préserver les ressources naturelles, s’informer avec discernement et participer à la vie de sa communauté.

Au niveau familial: la priorité est de protéger les plus vulnérables, de garantir aux enfants un environnement propice à l’apprentissage, d’accompagner les personnes âgées et les personnes en situation de handicap, de transmettre les valeurs de respect, de solidarité et de responsabilité, et de ne pas laisser l’isolement devenir une forme invisible d’exclusion.

Au niveau communautaire: il s’agit d’organiser la solidarité, d’identifier les personnes exposées aux risques, de développer des réseaux d’entraide, de protéger les ressources communes, de préparer les réponses aux catastrophes et de créer des espaces où chacun peut participer aux décisions qui concernent son environnement immédiat.

Pour les enseignants et les chercheurs: la priorité est de rendre le savoir plus accessible, de développer des connaissances fiables, de produire des solutions adaptées aux besoins réels et de faire circuler la science au delà des frontières sociales, économiques et géographiques.

Pour les journalistes et les medias: la responsabilité première est de rechercher les faits, de vérifier les informations, de donner une voix aux réalités insuffisamment entendues, de rendre visibles les vulnérabilités sans exploiter la souffrance, de combattre la désinformation et de maintenir l’intérêt public au centre de la mission journalistique.

Pour les entreprises: l’action doit commencer par la création d’emplois décents, le respect des travailleurs, l’investissement dans l’innovation responsable, la réduction des impacts environnementaux, l’utilisation responsable des ressources et la contribution au développement des communautés qui rendent leur activité possible.

Pour les organisations de la société civile: la priorité est de défendre les droits, accompagner les populations vulnérables, documenter les réalités de terrain, contrôler l’action des institutions, développer des solutions locales et transformer les besoins des communautés en propositions et en actions collectives.

Pour les institutions publiques: la responsabilité devient structurelle: garantir effectivement l’accès à l’éducation, à la santé, à l’eau, à la protection sociale et à la justice; renforcer la transparence; mesurer les résultats des politiques publiques; prévenir les crises; réduire les inégalités d’accès et orienter les ressources vers les vulnérabilités les plus urgentes.

Pour les États: l’enjeu est de transformer la puissance publique en capacité de protection et de développement humain: investir dans les infrastructures essentielles, renforcer les systèmes éducatifs et sanitaires, assurer une protection sociale effective, préserver les ressources naturelles, soutenir l’emploi et la résilience, prévenir les crises et coopérer avec les autres États sur les défis qui dépassent les frontières nationales.

Pour la communauté internationale: enfin, la responsabilité consiste à faire de la coopération un instrument concret: partager les connaissances et les technologies, mobiliser des financements là où les besoins sont les plus importants, soutenir les pays les plus exposés aux crises, renforcer les mécanismes de réponse collective et protéger les biens communs mondiaux que sont notamment le climat, les océans, la biodiversité, la paix et la connaissance.

Ces responsabilités ne s’excluent pas; elles se complètent. L’individu ne peut pas remplacer l’État, pas plus que l’État ne peut remplacer la famille, la communauté, la société civile, la recherche ou les entreprises. Mais chacun peut agir dans son propre espace de responsabilité, et chacun peut contribuer à réduire une vulnérabilité, ouvrir une possibilité ou protéger un bien commun. Le véritable progrès ne se mesure donc pas seulement à ce que nous sommes capables de créer, mais à notre capacité à transformer nos connaissances en décisions, nos ressources en possibilités, notre puissance en protection et notre conscience en action. Notre époque possède les moyens de faire beaucoup plus; elle doit maintenant trouver la volonté de les mettre au service de la vie, de la dignité humaine, de la solidarité et d’un avenir commun. La puissance devient véritablement humaine lorsqu’elle ne sert plus seulement à aller plus loin, plus vite ou plus haut, mais à permettre à chacun d’avancer, à personne de rester abandonné et aux générations futures de recevoir un monde encore habitable.

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Yvon Bonhomme
Editor in Chief
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